La vanité de la nomenclature et autres écrits de jeunesse de Jean Piaget
Édition, Introduction et notes par Fernando Vidal, Mise en forme électronique par Chris Lalonde

Annexe IV

L'activité de Piaget au Club des Amis de la Nature.

Chronologie avec extraits des Procès-verbaux

1910

1. 9 juin. "Un mollusque spécial à notre lac" (ms. n° 527 / séance n° 312). Ch. I.

2. 27 octobre. "Considérations sur les collections de mollusques" (ms. manquant / séance n° 316).

"M. notre honoraire Paul Godet vient prendre part à la séance. Piaget commence alors la lecture de son travail, 'Considérations sur les collections de mollusques'. Comme le titre l'indique, Piaget a embrassé un sujet bien étendu, aussi a-t-il omis quelques points qui ont leur importance. M. notre honoraire P. Godet comble ces lacunes en nous donnant quelques explications très intéressantes" (P.V., 27/10/10). Cf. l'introduction de Piaget à "Généralités sur la distribution..." (ch. II).

3. 8 décembre. "Généralités sur la distribution géographique des Mollusques" (ms. n° 539 / séance n° 319). Daté 3 novembre. Ch. II.

1911

4. 12 janvier. Les embryons des mollusques (lecture / séance n° 320).

"Piaget nous fait une lecture édifiante sur les embryons des mollusques; personne ne comprend rien à ses mots latins [...]" (P.V., 12/1/11).

5. 27 janvier. "Les Mollusques de la région supérieure du Val d'Hérens" (ms. n° 542 / séance n° 321). Daté 7 octobre 1910. Ch. III.

6. 23 février. "Les mollusques terrestres et fluviatiles des environs de Binic (Près de St Brieuc, Côtes du Nord - Bretagne)" (ms. n° 546 / séance n° 323). Ch. IV.

7. 27 avril. "Quelques observations sur le mimétisme des mollusques neuchâtelois" (ms. n° 549 / séance n° 326). Ch. V.

8. 1 juin. Les rapports entre les mollusques et les autres animaux (lecture / séance n° 328).

Piaget fait une lecture "ayant trait aux rapports qu'il existe entre les mollusques et les autres animaux". Personne ne prend la parole, et le désordre règne: "Voyant cela, Piaget qui a fait la lecture, se voit dans l'obligation de se critiquer lui-même" (P.V., 1/6/11).

9. 13 juillet. "Où en est notre travail sur le Loclat" (ms. manquant / séance n° 331).

"Cette étude comprend d'abord des considérations générales sur la faune et la flore que nous nous proposons de reprende à fond, et ensuite les observations que l'auteur a pu faire sur les Mollusques. Etienne désapprouve beaucoup tous ces mots latins qui le blessent et Piaget — odi profanum vulgus et arceo! — lui répond qu'il ne peut appeler les coquilles que par leur nom" (P.V., 13/7/11, rédigé par Piaget).

Depuis des années, le Club des Amis de la Nature menait des recherches sur le Loclat, ou lac de Saint-Blaise, petit lac près de Neuchâtel. Voir Piaget et Marcel Romy, "Les mollusques du lac de Saint-Blaise", Bulletin de la Société neuchâteloise de Géographie 21 (1911-12), 144-161.

10. 2 novembre. Considérations sur la géographie zoologique; tiré de Fischer (lecture / séance n° 335).

Aucun commentaire au procès-verbal.

Lecture vraisemblablement tirée de Paul-Henri Fischer, Manuel de conchyliologie et de paléontologie conchyliologique (Paris, F. Savy, 1887).

11. 30 novembre. La pieuvre; article "Octopus" des Mollusques de Coupin (lecture / séance n° 337).

"Pendant que les membres exposent leurs opinions [sur le travail qui vient d'être présenté], le secrétaire [Piaget] se frappe subitement la tête avec désespoir, se rappelant qu'il doit présenter une lecture; puis, portant un regard hebété sur les environs immédiats, il eut une idée lumineuse en apercevant Les Mollusques de Coupin. Et, au moment où il tombait sur l'article "Octopus", le président lui donna la parole.

Tableau: tête du candidat [Marcel] Romy en particulier, et de toute la docte assemblée en général, mais surtout tête du secrétaire en reconnaissant textuellement des phrases entières d'un travail entendu à une demi heure de temps ["La Pieuvre", par Romy]! Les fous rires succédaient aux fous rires; grande était l'agitation quand la victime eut un mot qui sauva la situation. Feignant d'être transporté au comble de l'étonnement, Romy s'écria: 'Tiens! Mais c'est inoui, je n'en reviens pas: Coupin ne fait que répéter tout ce que je dis dans mon travail!' D'unanimes applaudissements accueillent le spirituel candidat, mais il n'eut pas le temps de jouir de son succès, expédié qu'il fut avec les autres pour la déliberation" (P.V., 30/11/11, rédigé par Piaget).

Lecture tirée d'Henri Coupin, Les mollusques. Organisation, développement, classification, affinités et principaux types (Paris, Carré et Naud, 1892).

1912

12. 25 janvier. "Sur les formes du sous-genre Gulnaria" (ms. n° 567 / séance n° 340).

"Jean Piaget fait alors son travail sur une nouvelle classification des Limnées adoptée par lui, conception qui ne manque ni de grandeur ni d'audace. Le travail est bon, scientifique au plus haut degré.

La critique en a montré toute la valeur. On a beucoup apprécié les excellents photographies qui rendaient lumineux un texte qui, quoique clair, n'était peut-être pas très limpide pour les esprits peu éclairés de quelques hospitants.

Plusieurs membres entre autres Romy demandent des explications que Piaget leur donne avec leur bienveillance habituelle.

Béguin lui demande jusqu'à quel point son travail serait apprécié par les grands conchyliologues de l'univers. A quoi Piaget répond avec ce calme, cette belle assurance, ce clair regard qui fera qu'on dira sur sa tombe, ci gît un des plus grands calmes du siècle, que cet ouvrage va être publié, qu'il est sous presse et qu'un exemplaire sera delivré avec dédicace à la bibliothèque du club". Du travail suivant, on dit qu'il a plusieurs qualités, "sans avoir la saveur scientifique et l'érudition de celui de Piaget" (P.V., 25/1/12).

Ce travail correspond à la deuxième partie de l'article "Les limnées des lacs de Neuchâtel, Bienne, Morat et des environs", Journal de conchyliologie 59 (1911): 311-332. Il en omet le catalogue, un certain nombre de détails, et la section initiale sur les origines, la distribution et le mimétisme des espèces étudiées.

13. 26 septembre. "La vanité de la nomenclature" (ms. n° 583 / séance n° 350). Ch. VI.

1913

14. 23 janvier. L'évolution des êtres organisés; tiré de Bergson (lecture / séance n° 358).

"Le sujet est évidemment très intéressante, captivant même, mais peu propre à une lecture. C'est passablement aride et abstrait; pour bien comprendre il faut avoir le <livre> sous les yeux, lire cela lentement, s'arrêter et reprendre les passages les plus ardus. Piaget avait beau lire lentement, on avait beaucoup de peine à le suivre, si bien qu'une grande partie de la lecture nous échappe, qu'on n'y comprit pas grand chose et que Piaget <doit> nous en donner un résumé. Il se tira fort bien de cette tâche et nous explique clairement la différence entre Bergson et les philosophes mathématiciens. Piaget soutient la thèse de Bergson. Il est à regretter que Juvet ait été absent, car il est mathématicien endurci et aurait tenu tête à Tardieu" (P.V., 23/1/13).

Lecture certainement tirée d'Henri Bergson, L'évolution créatrice (Paris, Alcan, 1907).

15. 27 février. "La vie animale dans les profondeurs des océans et de nos lacs" (ms. n° 598 / séance n° 360). Ch. VII.

16. 27 mars. Les mollusques du lac d'Annecy (improvisation / séance n° 361).

La séance est présidé par Piaget, "professeur de conchyliologie, conservateur-mollusques du Musée, et membre correspondant de plusieurs sociétés suisses ou étrangères. [...] Piaget, pris au dépourvu la veille, n'a pas eu le temps d'écrire son travail, aussi est-ce grande bonté <de nous entretenir> un quart d'heure avec des mollusques recueillis près du lac d'Annecy, <ill.> lequel Tardieu s'est écrié avec le vieux poète: [suit un quatrain dont seuls les vers 2 et 4 sont lisibles] <ill.> Vous que Piaget épargne ou qu'il peut recueillir / Gardez de ce travail <ill.> / Au moins le souvenir!" (P.V., 27/3/13).

17. 9 octobre. "Quelques fragments de L'évolution créatrice de Bergson, contre les mécanistes" (lecture / séance n° 368).

Juvet présente "un merveilleux travail sur le Triangle de Pascal et le binôme de M. Newton, travail fort personnel, suave, doux, coulant, qui eut le seul tort de ne pas être écouté par des affreux littéraires, sabots du Club. [...] Enfin Piaget prit la parole et nous lut quelques fragments de l'Evolution créatrice de Bergson, contre les mécanistes, qu'il appelle irréverencieusement: Les nouveaux scolastiques, et contre les finalistes. Cette lecture nous a donné un échantillon le plus pur de style finaliste et d'expressions scolastiques. Que sont-ce: la Marche de la Vision, l'Elan Vital sinon des mots vides de sens. Monsieur Leuba, seul hon[oraire] restant [...] veut d'abord entendre les critiques des membres avant de rien dire. Richeux [Juvet] prend alors la parole pour critiquer le finalisme de cette lecture, et ce qu'elle présente d'offensant pour le déterminisme sans lequel aucune science ne serait possible, mais MM. les pragmatistes dont Bergson est le chef français, sous prétexte de penser la science, la nient absolument; comme le dit ensuite M. Leuba, ce sont affaires de convictions. Cela ne l'empêche pas de formuler une liste de faits écrasants pour les arguments de Bergson, et prouvant que le déterminisme s'applique aussi bien aux phénomènes vitaux qu'aux réactions chimiques, il refute si bien Piaget que celui-ci est tout décontenancé et que Romy s'écrie piteusement: 'Ah! mais c'est... c'est la négation de... de... comment dirais-je, de... l'âme!' En résumé, je me permets de féliciter Piaget pour l'intéressante discussion qu'il a provoquée. Espérons qu'il y en aura d'autres si nourries, car du choc des idées naquit la lumière" (P.V., 9/10/13, rédigé par Gustave Juvet).

18. 4 décembre. "La notion de l'espèce suivant l'école mendélienne" (ms. n° 617 / séance n° 372). Ch. VIII.

1914

19. 22 octobre. "La genèse de la pensée au point de vue biologique" tiré de Fouillée (lecture / séance n° 389).

"Piaget a choisi 2 lectures à choix, l'une d'une page 1/2, l'autre de 10, sur des sujets philosophiques. [La majorité est pour la deuxième.] Le titre de la lecture est 'la genèse de la pensée au point de vue biologique' par Fouillée. Tous font silence; la voix de Piaget, harmonieuse, douce comme le miel, résonne seule dans le local. On écoute dans un religieux recueillement. Etienne ne ronchonne pas. Chervet caresse sans bruit son bâton. Juvet prend des notes. Pinsard est très bien assis. La lecture est vivement applaudie. Elle est trouvée intéressante. Juvet n'est pas tout à fait d'accord avec les théories de Fouillée, il trouve en plus qu'il y a beaucoup de mots et que le ton est <précheur>" (P.V., 22/10/14).

Lecture sans doute tirée d'Alfred Fouillée, L'évolutionnisme des idées-force (Paris, Alcan, 1890).

20. 19 novembre. "Malacologie du Vully" (ms. n° 638 / séance n° 391).

"Piaget comme c'est son habitude parle à moitié de chique [sic] et à moitié en lisant. Il fait beaucoup de gestes mais la plupart sont étrangers à ce qu'il dit. Il se frotte /beaucoup/ les mains, ou le bas du pantalon et fait particulièrement osciller son buste d'avant en arrière et avec ça il ne dit que de bonnes choses. Son travail est excellent quoi! il est de Piaget. Il nous fait passer de nombreux échantillons des coquilles qu'il décrit.

Le travail est tout à fait dans l'esprit du club: 1° il est personnel, 2° il concerne la faune du pays, 3° il est sérieux. [...] Le président déclare le travail de Piaget... épatant" (P.V., 19/11/14).

Le manuscrit correspond à la deuxième moitié de l'article "Malacologie du Vully", Mémoires de la Société fribourgeoise des sciences naturelles 1 (1914): 69-116.

1915

21. 25 février. "La malacologie des couches glaciaires de Berne" (ms. n° 647 / séance n° 397).

Procès-verbal très difficile à déchiffrer. On comprend que, lors de la discussion, Juvet dit à Piaget qu'il enfonce des portes ouvertes: "du moment où tu parlais de glaciers, ce devait être des espèces hygrophiles" (P.V., 25/2/15).

Aucun manuscrit n'est conservé au Club, qui possède cependant une copie de la version publiée: "Révision de quelques mollusques glaciaires du Musée d'histoire naturelle de Berne", Mitteilungen der Naturforschenden Gesellschaft in Bern aus dem Jahre 1914 [1915], 215-277.

22. 29 avril. "Biologie et philosophie" (ms. manquant / séance n° 400). Conférence publique en célébration de la 400e séance du Club. D'abord, Gustave Juvet lit son travail "La tendance néodarwinienne en biologie". "Ensuite Piaget lit le sien sur 'Biologie et Philosophie', travail bon, scientifique, philosophique, etc., etc., mais débité à grands renforts de grands mots comme: déterminisme, réalité jaillissante, etc., etc. M. Du Pasquier [membre honoraire] prend la parole: Il est très intéressé par les efforts des conférenciers et excuse leur prétention, leur orgueil et leur vanité bien connues par la perspective du bachot. Il rappelle l'idéal du Club, qui n'est pas de philosopher mais d'observer; lorsqu'il fonda le Club il y a 22 ans avec son ami P. Bovet [aussi présent à la séance], ce n'était pas pour faire de la métaphysique ni pour savoir si les particules représentatives [de Weismann dont parlait Juvet] existent réellement mais c'était pour observer. [...] Richel demande à Richeux [Juvet] ce qu'il pense du travail de Tardieu [Piaget], celui-ci [Juvet] tout préoccupé de prendre des notes pour son [procès-]verbal s'embrouille dans les formules et remercie Tardieu pour ses bonnes paroles. Quelle ironie! Il était à 100 lieues d'agréer les conclusions personnelles du conférencier, conclusions métaphysiques, transcendantales, à base de bergsonisme et de piagétisme, 2 philosophies qui peut-être mèneront le monde quelque temps, mais qui finiront en enfer ou aux vieux fers. Piaget rouspète contre les critiques des honoraires, s'il a péroré, c'est parce qu'il est au-devant du bachot et que le bachot, c'est la péroraison du gymnasien. Je crois que c'est son raisonnement pour s'excuser" (P.V., 29/4/15, rédigé par Gustave Juvet).


Jean Piaget Society Last Update: 30 June 1999
© 1999 Fernando Vidal, The Jean Piaget Society
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